Champignons sud-est

Pour les amateurs de champignons du sud-est du Nouveau-Brunswick

Les faiseurs de veuves – Histoire des champignons sauvages en Acadie

La cueillette des champignons sauvages date des temps immémoriaux dans pratiquement toutes les civilisations. Les banquets des Égyptiens, Aztèques, Grecs et Romains comprenaient plusieurs plats de champignons sauvages. Les Romains ont été les premiers Européens à écrire sur cette consommation. (1) Les Chinois, Koréens et Japonais cultivent certains champignons, notamment les Shiitakes depuis les temps préhistoriques. Ce n’est que vers 1650 que les Français deviennent les premiers Européens des temps modernes à cultiver les champignons, ils cultivent les Agarics (champignons de Paris) dans des cavernes. (2) En Amérique les Premières nations utilisaient surtout les champignons pour des fins médicinales et rituelles. Les Acadiens avaient une méfiance envers ce « pain du diable » et ce n’est qu’avec l’arrivée des publications scientifiques du gouvernement canadien que débute une consommation hésitante des champignons en Acadie.

En septembre 1991, des randonneurs trouvent dans un glacier des Alpes, à la frontière entre l’Italie et l’Autriche, un homme momifié depuis 5 300 ans. La glace a permis de garder intact le corps de l’homme d’Ötzi et son équipement : linges, armes, outils, bâton de marche, contenants d’écorce et de cuir, … Dans les contenants ou sur une lanière de cuir il y avait trois types de champignons médicinales : un Polypore du bouleau (Piptoporus betulinus), un Amadouvier (Fomes fomentarius) et un Chaga (Inonotus obliquus). l’Amadouvier et le Chaga peuvent aussi servir d’allume feu. (3)

Otzi

Les trois champignons d’Ötzi sont des polypores très communs dans la région : 1. Piptoporus betulinus / Polypore du bouleau / Birch Polypore ; 2. Inonotus obliquus / Polypore oblique / Chaga / Clinker Polypore ; 3. Fomes fomentarius / Amadouvier / Polypore allume-feu / Timber Polypore.

Le mot Mi’kmaq pour champignon est « lgetu ». « lgetue’get » est l’action de cueillir des champignons. (4) La présence de ces mots dans leur langage démontrent que les Mi’kmaqs cueillaient probablement les champignons sauvages, possiblement pour la consommation surtout en période de famine. Le sac à médecine traditionnel du Mi’kmaq pouvait contenir du Chaga, de l’Amadouvier et le champignon du saule jaune (?). (5) Deux de ces champignons sont les mêmes que ceux trouvés sur l’homme d’Ötzi!

Dieréville un chirurgien et auteur Français, en visite en Acadie en 1699-1700, a laissé un témoignage sur la consommation des champignons sauvages par les Acadiens :
« Ils regardent les champignons, comme le plus grand des poisons, ils ne feront par là jamais leurs femmes veuves. Je passois cet article, ils avoient leurs raisons, trop de gens en ont fait de fâcheuses épreuves. Pour moy, je les trouvois fort bon. J’en mangeois tout mon soû sans être malade. Avec quelque pitié chacun me regardoit. Ils n’aiment pas plus la salade. Et tout cela m’accommodoit. » (6)

Des articles du journal le Fermier Acadien de Moncton (7), des années 1930, font état de l’un des premiers livre canadien sur la consommation des champignons sauvages. H. T Gussow et W. S. Odell du Ministère fédéral de l’agriculture publient en 1929 le livre Champignons comestibles et vénéneux du Canada, sans doute une traduction du livre de langue anglaise paru la même année, Mushrooms and Toadstools, An Account of the More Common Edible and Poisonous Fungi of Canada.

Voici des extraits de ce que notre journal acadien a retenu :

novembre 1930, p. 22 – Il n’y a que deux catégories de champignons vénéneux, l’amanite tue-mouches et l’amanite phalloïde. Note – Nous savons maintenant que l’amanite phalloïde, aussi connu sous le nom d’oronge verte, ne se trouve pas au Canada mais aussi qu’il y plusieurs autres champignons toxiques et mortels dans nos forêts, dont l’Amanite vireuse (l’Ange de la mort) que plusieurs ont confondu avec l’Amanite phalloïde.

Vénéneux

Deux champignons vénéneux selon le Fermier acadien : Amanita virosa / Amanite vireuse / Ange de la mort / Destroying Angel ; Amanita muscaria / Amanite tue-mouche / Fly Agaric / Fly Amanita.

octobre 1931, p. 20 – On corrige le tir, le journal nous informe qu’il y d’autres champignons vénéneux, on donne le Bolet amer comme exemple. Note – Le journal se trompe encore, les mycologues d’aujourd’hui nous disent que le Bolet amer est sans danger, mais immangeable à cause de sa saveur amère.

août 1932, p. 6 – Le Fermier acadien nous informe que les Vesses-de-loup sont bonne à manger. Il faut alors s’assurer que la Vesses-de-loup n’est pas un lycoperdon à peau dure (Scléroderme?) ou une Corne puante (Satyre puant?).

septembre 1933, p. 20 – Cette année le journal revient avec une mise en garde relative aux champignons vénéneux et fait une description détaillée de l’Amanite phalloïde (l’Ange de la mort).

septembre 1934, p. 15 – C’est une mauvaise nouvelle que le journal nous annonce. Deux personnes de Hantsport en Nouvelle-Écosse sont mortes l’année dernière après avoir consommé des Amanites phalloïdes. On estime alors qu’il y a 1000 espèces de champignons différents dans la province du NB. On nous informe également que les résidants des provinces Maritimes consomment les champignons en couche (Agaric ou champignon de Paris) et son cousin les Boules de seige (Horse mushroom / Psalliote des jachères) qui poussent dans les prés. On nous apprend ainsi à distinguer l’Amanite phalloïde des Agarics. Le livre de référence de Gussow et Odell est alors disponible au Ministère de l’agriculture pour 1,00$ l’exemplaire.

IMG_2747

Les mycologues d’aujourd’hui nous disent que le Bolet amer est sans danger, mais immangeable à cause de sa saveur amère.

Le Ministère de l’agriculture du Canada a publié quelques autres guides d’identification des champignons sauvages, dont J. Walton GROVES, Champignons comestibles et vénéneux du Canada/ Edible and Poisonous Mushrooms of Canada, 1979. Pendant ce temps au Québec, René Pomerleau publie en 1951 son premier Guide des champignons de l’est du Canada et des États-Unis. Plusieurs excellents guides ont été depuis publiés au Québec, dont l’excellent Le grand livre de des champignons du Québec et de l’est du Canada (2006) de Raymond McNeil, qui nous présente plus de 1 000 espèces. La référence pour l’est du Canada est aujourd’hui le site web de Mycoquébec qui nous offre des photos de près de 2 500 espèces.

Des guides d’identification des champignons nous arrivent de l’Europe et des États-Unis. Le plus réputé devient vite The Audubon Society Field Guide to North American Mushrooms (1981) de Gary Lincoff.

Des clubs de naturalistes s’organisent un peu partout en Acadie à partir des années 1970. La plupart des clubs ont un ou deux membres qui se spécialisent dans les champignons. Un Club de mycologues du Madawaska a été fondé en 2014 par Pierre Filiatrault et François Lamontagne à Edmundston. Le musée acadien de Bonaventure en Gaspésie a monté une exposition avec les illustrations de François Miville-Deschênes sur les champignons de la Baie-des-Chaleurs. (8) Des clubs de mycologues s’organisent un peu partout au Québec, dont à Sept-Îles où Raymond Boyer monte un excellent site web. (9)

À notre club, qui fête en 2014 ses 25 ans, Michel Thériault de Saint-Louis-de-Kent a été notre mycologue invité pendant de nombreuses années. Depuis 2008, Raymonde Chartier de Shédiac est devenue la maitre mycologue de notre club. Armand Robichaud est son compagnon photographe. Marcel Richard, Guillaume Côté et Gisèle LeBlanc ont aussi guidés des sorties d’identification des champignons au sud-est du Nouveau-Brunswick. (10)

Armand G. Robichaud

nature sud-est 8

Sortie aux champignons du Club les Ami.e.s de la nature du sud-est du N.-B. à Cocagne avec le mycologue amateur, Michel Thériault, en septembre 1992.

 

[1] http://mycologia34.canalblog.com/archives/2009/06/28/14228278.html

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Agaricus_bisporus, http://blog.infotourisme.net/histoire-champignon-de-paris/

[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%96tzi, http://philippeprovencher.com/2012/12/04/otzi-lhomme-des-glaces-et-les-champignons-medicinaux/

[4] http://www.mikmaqonline.org/

[5] http://manuel.cochet.free.fr/espritdutemps/Am%C3%A9rindiens%20-%20Mic%20Mac/PremiersAmgwesewajuit.htm, http://www.mycoboutique.com/en/blog/29/mushrooming-throughout-our-history#.VEVbjZOG9xo

[6] Dièreville, Relation du voyage du Port Royal de l’Acadie, ou de la Nouvelle France, 1708, p. 95-96.

[7] Consultés sur microfilms au Centre d’études acadiennes Anselme-Chiasson, Université de Moncton.

[8] https://fr-fr.facebook.com/clubdesmycologuesdumadawaska, http://www.museeacadien.com/index.aspx?expositions-itinerantes&id=5

[9] http://w2.cegepsi.ca:8080/raymondboyer/

[10] https://sites.google.com/site/lesamiesdelanature/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :